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Les enseignants, pionniers et inconditionnels de l’échange de maison.

Le 22 septembre 2016 à 01:07

Dans “Changement de décor” (“Changing places” en anglais)[1], le roman hilarant du Britannique David Lodge, un professeur Américain de la côte pacifique, brillant spécialiste de Jane Austeen, dragueur impénitent, Morris Zapp, et son confrère Anglais des Midlands, terne et coincé, le bien nommé Philip Swalow, échangent leur poste, leur logement et accessoirement leurs conquêtes féminines pendant six mois.

ensignants

Sans aller si loin dans le partage, ce n’est pas un hasard si ce sont des professeurs d’université qui furent dans les années cinquante, les pionniers de l’échange de maison. La mobilité des enseignants, leur expatriation occasionnelle vont jouer un rôle déterminant dans le développement de ces pratiques collaboratives avant l’heure. Si l’échange de maison, permet aux professionnels de l’éducation de faire l’économie d’une coûteuse délocalisation, il se révèle tout aussi idéal pour leurs longues vacances, pas forcément en adéquation avec leur budget, somme toute limité, et cela, quel que soit leur pays d’origine.

C’est pour cette raison qu’un professeur Américain, David Ostroff, désireux de quitter New York sans se ruiner un été, lance le premier un club d’échange de vacances en 1953. L’idée fait florès, s’étend géographiquement, puis professionnellement. Les employés de la Panam, qui par leur métier sont amenés à voyager à moindre frais, se joignent au réseau. Le club fusionnera même dans les années soixante dix avec celui de Jan Ryder, qui dirige un petit réseau des forces armées britanniques, avant de devenir HomeLink en 1980 et de peu à peu s’étendre de manière internationale. Internet n’existe pas encore – il faudra attendre plus d’une dizaine d’années ! -, les petites annonces sont publiées sur de gros catalogues et envoyés par voie postale.

C’est ainsi qu’ Ed Kushins, après avoir été officier de la Marine, directeur marketing d’une compagnie aérienne aux Etats-Unis, marié à une hôtesse de l’air, fait son premier échange de maison en 1992 en famille. L’entrepreneur séduit par la formule crée son propre catalogue sur papier, “Trading Home International”, qui rencontre un énorme succès et va devenir Tradinghomes.com le pionnier de l’échange de maison sur le Web en 1995, puis Homeexchange. En 1999, William Heinzer, journaliste de la télévision Suisse rencontre Ed Kushins lors d’un échange. Il sera le fondateur de Trocmaison.com en 2005, la version française du site Homeexchange.com, traduite pour la première fois. 14 autres versions en 14 autres langues suivront. Le réseau compte aujourd’hui plus de 65 000 membres dans 150 pays. Malgré son développement, le site n’a jamais perdu son cœur de cible et revendique 2252 membres dans le corps professoral en France (soit un membre sur 4), 6323 en Europe et 2148 aux États-Unis. HomeLink, le site historique, présent lui également à travers 150 pays, fort de 13000 membres, recense lui aussi 25% d’enseignants, note Lili Engle, la représentante de HomeLink en France, qui est aussi directrice de l’American Center d’Aix en Provence.

Les enseignants sont des “natural born swaper”, des échangeurs nés. Les expatriés apprécient de revenir chez eux l’été et il est évidemment plus facile de trouver un alter ego prêt à échanger pendant une durée de deux mois s’il est dans l’enseignement. Et puis il y a surtout ce sentiment d’appartenir à une communauté. Même si d’un pays à l’autre, les méthodes d’enseignement diffèrent, les professeurs partagent tous le goût de la transmission, qui est universel et une certaine ouverture d’esprit.

Échanger entre enseignants, c’est justement l’occasion de discuter pédagogie, de faire le tour des bonnes pratiques et de remettre en cause un bon nombre d’idées reçues. Entre les Nord-américains qui valorisent les élèves en toute circonstances, les Français partisans d’un certain élitisme, les Allemands et leur système d’apprentissage que l’Europe leur envie.

Chez Guest to Guest, les enseignants sont eux aussi choyés ; l’appartenance professionnelle est signalisée par un pictogramme et un groupe leur est dédié. Outre cela, une section « Métiers et Mobilité » leur permet d’entrer en contact avec leurs confrères. Si le site dénombre 7339 enseignants déclarés dans les pays francophones dont 5417 en France, son association avec la MAIF, l’assureur phare de la profession, participe à n’en pas douter de leur recrutement et leur cooptation.

Le site Profvac, beaucoup plus modeste, se targue de compter plus de 700 adhérents. Il est pour sa part exclusivement réservé aux enseignants et chercheurs français, pour un abonnement annuel de 60 euros : “L’idée, indique Dimitri Louvencourt, directeur de l’agence de publicité Zélios agence interactive, marié à une enseignante, qui a créé le site en 2006, est d’échanger avec des personnes qui ont les mêmes moyens que vous. Sur Profvac, précise-t-il, il n’y a pas de villas hollywoodiennes”. L’interface, quelque peu archaïque aux dires de son fondateur, devrait être complètement revisitée en novembre prochain, avec un système comme les autres sites de géolocalisation et des partenariats avec l’étranger, mais son créateur revendique le fait que le site soit dédié aux seuls enseignants : “Appartenir au même ministère est un élément clé de la confiance, d’ailleurs nous ne vérifions même pas l’identité de nos membres, ce serait, selon son directeur, la fin de tout”.

La confiance est évidemment un critère déterminant pour les autres sites, qui, eux, prennent tout de même la peine de vérifier l’identité de leurs adhérents. Trocmaison le fait systématiquement dans le cadre de son abonnement (130 euros /an) et Guest to Guest, site gratuit, encourage ses nouveaux membres à se faire “vérifier”, moyennant 25 euros.

Il semble qu’à l’heure de la globalisation, l’entre soi, fasse partie des arguments de Guest to Guest qui suggère à ses membres de signaler qu’ils sont enseignants pour “rassurer les échangeurs”, la caution recommandée habituellement, précise le site, “n’est dans ce cas pas forcément nécessaire”. Si Trocmaison, dispose aussi d’une case “enseignant”, c’est plus pour des raisons historiques et pratiques qu’autre chose: “La confiance et l’ouverture au monde sont notre ligne directrice, note son directeur Europe, William Heinzer, qu’on soit enseignant ou pas. Notre philosophie, c’est justement qu’on peut être enseignant et troquer une petite maison en Touraine contre une villa de luxe en Floride ! C’est la beauté de l’échange : il est équitable à partir du moment où chaque partie est enthousiaste !”

Pour Trocmaison, comme pour Guest to Guest, le fait de signaler si l’on est enseignant, permet de mettre en contact membres qui ont des besoin spécifiques en terme de durée. Dès lors qu’on n’a plus que les billets d’avion à débourser, le champ des possible s’ouvre : “Je ne faisais qu’un voyage ou deux par an, maintenant j’en fais cinq !”[3] souligne Caroline qui enseigne le clavecin et les percussions dans un conservatoire de musique à Lyon et affiche une vingtaine voyages en 4 ans.

Outre le fait de pouvoir passer des longues vacances avec un budget limité, les enseignants ont souvent en commun, une soif de culture et de connaissance. Ils plébiscitent le bonheur de s’imprégner d’histoire et de géographie in situ. Se promener dans les immenses travées du Colisée, s’imaginer gladiateur, aller à Delphes consulter la Pythie, à la Valette se rêver chevalier de l’ordre de la Croix de Malte et revivre l’Europe des croisades, s’éterniser dans la Galerie des offices et se laisser subjuguer par Boticelli, se rendre à Prague écouter le Don Giovanni de Mozart, à l’endroit-même où il fut joué la première fois, passer sous la porte de Brandebourg et revisiter la guerre froide, se rendre à la Nouvelle Orleans, berceau du jazz, encore imprégnée de la présence française, tout un programme !

Certains enseignants apprécient au contraire le fait de se retrouver, loin des grandes destinations, en stage d’immersion linguistique : “En France, nous avons un réel retard pour la pratique des langues étrangères, notamment l’anglais, note Joan, enseignante dans le Beaujolais[4]. Pendant nos échanges de maisons, les enfants sont souvent confrontés à la nécessité de parler en anglais. L’apprentissage d’une langue étrangère comme moyen de communication avec d’autres devient concret et prend réellement son sens.”

Outre le fait de pouvoir s’exprimer dans la langue de Shakespeare ou de Cervantes, le fait de vivre chez quelqu’un et non pas à l’hôtel ou dans une location anonyme, donne l’opportunité extraordinaire de découvrir une culture de l’intérieur. Qu’il s’agisse des épaisses moquettes des cottages anglais, so cosy et des kitchissimes feux de cheminée au gaz, ou à l’inverse de l’immensité des maisons Américaines qui n’a d’égal que celle des paysages. Le voyage se fait même dans les placards de la cuisine. Quel petit déjeuner prennent nos hôtes ? Comment peut-on manger des “baked beans” ? Quel être humain peut décemment aimer la Worcester sauce ? Avez vous testé les toast à la Marmite ? Attention quand même à l’effet grossissant du peanut butter et des doughnuts de l’autre côté de l’Atlantique !

Au delà de l’immersion culturelle et culinaire, le troc de maison est aussi pour certains, un voyage idéologique, un acte militant. “Avec Airbnb, déplore Lilli Engle, représentante de HomeLink en France, nous sommes entrés dans l’ère du tout commercial ; tout se loue, il y a heureusement des personnes qui veulent encore être autre chose que des clients ! Vive la magie de l’échange !”. Laissons le joli mot de la fin à Étienne, ce professeur des écoles en Normandie, 17 échanges à son actif sur Guest to Guest en cinq ans “C’est une façon de sortir du système de consommation et d’être au cœur de la modernité, de l’économie du partage”, et “en dépit de la frilosité ambiante de continuer à s’ouvrir au monde”.

Catherine Monroy
http://www.catherinemonroy.com/

[1] Secker & Warbour, 1975, en français, chez Payot et Rivage 1991
[2] https://homelink.org/fr/story
[3] http://blog.homeexchange.com/trocmaison/rencontre-avec-un-membre-caroline-inconditionnelle-du-troc-de-maisons-3284/
[4] http://blog.homeexchange.com/trocmaison/quand-enseigner-rime-avec-partager-4523/

 

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