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Rêves de maisons et maisons de rêves

Le 5 mars 2017 à 02:49

L’échange de maison,  du voyage intérieur à l’expérience psychédélique

Selon les analyses freudiennes, la maison est dans nos rêves, la représentation de notre psychisme profond, notre moi, notre for intérieur en somme. C’est une idée que semble partager l’ethnologue, Thomas Beaufils, maître de conférence à Lille, qui se livre à une interprétation fascinante des façades des demeures hollandaises. Sans rideaux, les maisons bataves livrent au badaud un accès presque impudique à l’intimité du maître des lieux. Il ne viendrait à l’idée à aucun Hollandais, même volant, de laisser à voir un univers mal rangé qui confèrerait automatiquement l’impression d’un désordre personnel ou d’une moralité douteuse. Chacun à Amsterdam prend un soin tout particulier dans ce qu’il montre de lui à autrui, une sorte de mise en scène de l’intime. Une glorification de l’intérieur que l’on retrouve à mon sens aussi dans les œuvres du peintre Johannes Vermeer, dont les sujets, des intérieurs apparaissent éclairés par la lumière qui perce d’une fenêtre.

Kijkdoos, boîtes à regarder

Les Hollandais sont-ils sujets à la scopophilie, le voyeurisme, cette manie qui consiste à regarder par un trou de serrure ? s’interroge l’universitaire. Thomas Beaufils évoque la tradition des Kijkdoos, ces « boîtes à regarder», qui permettent aux enfants d’observer par un trou un décor en papier qu’ils ont fabriqué. Une tradition héritée du XVIIème siècle, qui, offre la contemplation d’un monde merveilleux tout en lui restant extérieur.

Cela va sans doute vous paraître lointain, mais lorsque j’échange ma maison, comme ces bambins et leur maison de papier, j’éprouve ce plaisir tout particulier à contempler l’univers d’autrui. Être chez autrui, n’a rien à voir avec se retrouver dans une chambre d’hôtel ou dans une location, il y a là, une expérience psychique particulière et unique, qui consiste à entrer dans la psyché de quelqu’un d’autre.

Voyage intérieur

J’ai souvent le sentiment de n’être pas tout à fait la même personne dans cet autre lieu où pourtant on a veillé à ce que je me sente comme chez moi, c’est comme un voyage intérieur à l’extérieur. Je suis chez moi sans y être, c’est précisément cela qui est si agréable. Chez moi, je gesticule, je m’agite, repoussant toujours le moment de me détendre dans ce salon que pourtant j’adore et que j’ai créé en m’imaginant un livre à la main le samedi au coin du feu, une image de la sérénité, que j’espère atteindre à chaque fois que j’investis un nouveau lieu. En réalité j’ai toujours une machine de linge à faire tourner, la cuisine à préparer, un article, ou un livre à écrire – tout cela est bien réel – qui m’empêche d’en profiter vraiment. À la vérité, à part quelques rares moments d’ataraxie, je m’autorise rarement cet état de contemplation auquel j’aspire. En suis-je vraiment capable chez moi ?

J’aime mon intérieur, ces objets que j’ai choisis et agencés, comme ces ex-votos très arty qui pendent des pampilles de mon lustre ou ces montres anciennes placées savamment à côté d’une publicité qui dit que la vie ne repasse pas les plats.

Ces détails, je ne les regarde plus avec émerveillement, un peu comme un(e) conjoint(e) qui rentrerait tous les soirs et s’inscrirait dans la banalité affligeante d’un quotidien jusqu’à en devenir invisible. J’ai souvent remarqué, et sans doute ne suis-je pas la seule, que je n’ai la pleine jouissance de mon home sweet home que lorsque j’y reçois des invités. Comme si par leur plaisir à être chez moi, il m’était donné, par leurs yeux, à nouveau le pouvoir de l’envisager avec un regard neuf.

Quand j’échange ma maison, il se passe un phénomène analogue et inverse, mais tout aussi édifiant : en étant dans l’intérieur de quelqu’un d’autre, son domaine, son antre, je m’accorde le bonheur d’habiter le lieu pleinement. Je me concède de vivre l’instant présent, ce que nous faisons tous un peu trop rarement.

Ailleurs et maintenant

Chez mon échangeur, je suis là et bien ici et là. Mon esprit, habituellement blasé, vagabonde, sensible à la lumière, la beauté des choses. Les maisons dans lesquelles je séjourne m’inspirent. J’observe que ce bel objet mis côte à côte avec une assiette bon marché donne une parfaite illusion de luxe, un peu comme le fait de boire dans un beau verre peut changer le goût d’un vin. Je me nourris de l’imaginaire d’autrui avec vraie gourmandise. Je ressens la juxtaposition audacieuse des teintes choisies par mon hôte. Ce vert bouteille et ce rouge, je n’aurais jamais osé.

Dans son intérieur, je me sens autre, comme transformée d’être plongée dans l’âme de mon hôte, j’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre. Et en réalité, je suis quelqu’un d’autre à ce moment-là. Du rêve de maison prégnant dans mon esprit, je suis maintenant dans une maison de rêves ou des rêves, c’est selon.

Changer de point de vue, vive la mécanique quantique !

À ce stade de l’article, certains lecteurs se demandent si j’ai abusé de substances stupéfiantes. La réponse est non. Vous doutez : comment l’endroit d’où l’observe les choses, pourrait-il radicalement changer non seulement notre regard, mais aussi notre état et donc notre être ? Cela participe de la relativité et se vérifie par mécanique quantique scientifiquement : un ion a deux apparences et deux réalités selon l’endroit d’où on l’observe. Véridique.

Oui, je sais c’est difficile à envisager pour un esprit cartésien : comment le lieu dont on observe les choses pourraient-elles changer leur nature ? Alors songez à ce lundi ou vous aviez à défendre un gros dossier au bureau, vous aviez travaillé tout le week-end, jusque là tout allait bien. Puis votre conjoint(e), vous a appelée pour vous dire que les vacances aux Seychelles, ce n’était pas raisonnable cette année, là encore tout allait bien ; votre secrétaire non plus ne va pas aux Seychelles ; on n’a pas besoin de ça pour être heureux ! À ce stade, vous teniez encore bon en mode méthode Coué.

Hélas, hélas, toute l’énergie que vous aviez déployée pour lutter contre la morosité ambiante s’est volatilisée quand le ciel plutôt clément a soudain viré au gris. Ce n’est pourtant pas votre tempérament d’être météo-dépendant(e), mais au fil de cette accumulation des frustrations et avaries, vous avez eu le sentiment que tous les malheurs du monde, les sept plaies d’Egypte -au moins, s’étaient abattues sur vous.

À ce moment-là du récit, j’espère que vous avez conscience que ce malheur ressenti – « pas les Seychelles cette année » – n’a rien à voir avec votre malheur réel – « rien de ce que je fais, ne marche cet après-midi, enfer et damnation ». Que ce serait-il passé si un(e) collègue, plutôt avenant(e), vous avait fait un compliment ce matin. Si le soleil avait dardé ses rayons et vous vous étiez installée en terrasse avec un bon indice UV ? Si tous les événements s’étaient passés dans un ordre différent ? Si vous aviez été nagé à la piscine avant de vous rendre au travail.

Le regard que l’on porte sur les choses et d’où on les porte, change leur nature. Après cette digression émotionnelle, je reviens à mon ion qui n’est pas tout à fait le même selon l’endroit d’où on l’observe. Et ma question est simple : pourquoi pas vous ? Et si vous faisiez cette expérience magique d’être dans la peau – enfin la maison, c’est presque la même chose – d’un autre, un autre très différent ? Un alien en quelques sorte ?

Quitte à changer d’espace spatio-temporel, pourquoi ne pas vivre l’expérience extrême de séjourner dans une maison en forme de vaisseau spatial 7 chambres et 31 couchages comme la maison de Colum, réalisateur de films tendance ultra-écolo, à Castelbadwin en Irlande.

Vous pourriez aussi partir en quête de spiritualité dans la petite église que Duncan et sa compagne ont retapé en Écosse. Ou chez Laura dans le Suffolk. Faire une retraite complètement roots dans cette cabane perchée sur la montagne en Équateur au bord de la rivière, chez Lucas ? ou méditer dans cette maison bâtie dans un arbre, chez Corinne au Costa Rica. Ou bien, qui sait, décider d’aller élever des Lamas dans la ferme de Cyril en Franche Comté ? Récolter le café dans la plantation de café de Ricardo dans cette splendide ferme du XIXème siècle près de San Paolo.

 

Plus classiquement, vous pourriez vivre comme un châtelain dans un castel écossais vieux de cinq siècles ? Vous laisser tenter par le chateau roman de Simon en Dordogne ? Ou si vous trouvez que le lieu est encore trop moderne pour vous, pourquoi ne pas tenter de creuser l’expérience et la roche dans la maison troglodyte de Flora aux Baléares ? Ou encore vous remarier – Si un jour on m’y reprend, ce sera là et nulle part ailleurs – à Matera chez Christina dans l’une des plus belles cités du mondes, classées au Patrimoine de l’Unesco au coeur des Pouilles Italiennes.

Vous pourriez aussi malgré le Brexit vous laisser flotter sur la péniche luxueuse Simon, au bord de la Tamise [12] et si vous êtes plus aventurier, explorer le reef australien à bord d’une des cabines du vaisseau amiral de John. Que diriez vous sinon d’un séjour au pays du Père-Noël en Laponie, irresisitible.

Non sérieusement, les Seychelles, c’est d’un banal alors qu’il y a tellement de maisons à échanger, de mondes à explorer ; moi, sincèrement, si j’étais vous, je demanderais le divorce.

Catherine Monroy

 

 

 

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