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L’échange de maison, hospitalité, don contre don, vers l’infini et au-delà !

Le 31 décembre 2016 à 12:14

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Ce matin, Saint Malo s’était drapée d’un épais brouillard, enveloppant les lumières de Noël d’un halo féérique. L’esprit de Noël s’était invité en douce dans la cité malouine qui résonnait au son de la corne de brume que j’entendais pour la première fois. Pour une raison qui m’échappe à huit heures trente, le boulanger de la rue de l’Orme, a ajouté une chouquette à mon sachet de viennoiseries, neuf au lieu de huit, en me souriant. Ça ne changeait rien à sa vie, rien à la mienne ; difficile d’imaginer que l’offrande de ce petit chou sucré soit motivé par le fait de me fidéliser. C’était parce que c’était lui, parce que c’était moi à ce moment-là, un petit geste, minuscule, qui d’un seul coup, pendant un bref instant, changeait la nature de la relation. Je n’étais plus une cliente, mais un être humain à qui un autre être humain cherchait à faire plaisir. Je prends volontiers cet exemple dérisoire car le don commence par un sourire, une valise qu’on vous aide à porter, un autochtone qui se détourne de son chemin pour vous mettre sur la bonne voie. Ou cet ami, Vincent, qui me prête sa maison à Saint-Malo depuis des années.

Pourquoi ressent-on une immense gratitude quand une personne fait pour nous quelque chose à laquelle il ou elle n’est pas tenu(e) ? Parce que c’est la magie de la vie et que sans doute la gratuité est de plus en plus une denrée rare dans notre monde globalisé.

L’économie collaborative des Airbnb, Drivy, Blablacar rapproche certes les êtres humains, mais – c’est le revers de la médaille, en faisant de tout un chacun des autoentrepreneurs, prêts à louer tout ce qu’ils possèdent, finalement plus rien n’est vraiment gratuit. Notre univers est certes virtuellement plus vaste, mais humainement, il a souvent une fâcheuse tendance à se rétracter, à se flétrir comme un fruit lyophilisé et déshydraté.

L’échange de maison, qui n’implique pas de transaction financière, mais un don contre don, offre la possibilité d’expérimenter cette gratuité presque aussi rare que la naissance d’un panda en captivité. Cela commence par un bouquet de fleur posé sur la table, un gâteau – ah le clafoutis de nos échangeurs tourangeaux, une bouteille – ah l’huile maison laissée dans les Pouilles. La liste des bonnes adresses. Tout simplement envie de faire plaisir !

Ce genre d’émotions me renvoie au moment où collégienne j’avais comme la plupart des adolescents de mon âge, une correspondante anglaise à laquelle j’envoyais tout un tas de petits cadeaux inutiles. Le sentiment jubilatoire d’avoir de l’attention pour une personne que l’on connaît à peine. Un bouillonnement interne qui consiste à donner le meilleur de soi-même, sans même présager de recevoir quelque chose en échange. Il s’agit du bonheur de surprendre par sa bienveillance.

Le fameux « plaisir d’offrir », que décrit Tom lors de son premier échange via Love Home Swap. Quand Cilla a sollicité un échange avec leur jolie maison rustique au bord du lac dans le Vermont aux États-Unis, Tom et Karen se sont dit « pourquoi pas » ? La Suède n’était pas du tout dans leurs projets, mais cela semblait exotique. Cilla est donc venue avec ses deux fils d’une vingtaine d’années au mois d’août. « Nous venions d’aller faire du ski nautique, j’ai proposé de leur faire le tour du lac en bateau. Karen nous avait préparé un pique-nique avec une bonne bouteille de vin en guise d’entrée en matière, le courant a tout de suite passé entre nous. Un autre soir nous sommes allés chercher nos hôtes à la sortie de leur restaurant à Shelburne Farms avec notre bateau à voile pour une balade au clair de lune de cinq heures. J’ai appris à ses deux fils à tenir le gouvernail ; ils étaient fiers comme Artaban. J’ai adoré tous ces moments passés ensemble, à refaire le monde, à apprendre à nous connaître. Et lorsqu’à notre tour en septembre, Karen et moi nous sommes rendus en Suède dans la superbe maison de Cilla sur la mer baltique, nous arrivions chez une amie. C’était fantastique »

Pourquoi sommes-nous parfois plus prompts à la générosité envers des étrangers qu’envers des voisins ou des personnes que nous connaissons mieux ? Certainement la crainte d’être pris dans l’engrenage d’une relation que l’on ne pourrait plus interrompre. On découvre parfois les habitants de son immeuble en le quittant. Puisqu’enfin nous nous ne devons plus cohabiter dans le même lieu, nous osons devenir vraiment amis. Toute cette énergie gaspillée à nous protéger des autres !

Est-ce qu’au fond, nous n’avons pas souvent juste peur de la relation ? L’échange de maison est souvent l’occasion, pour ceux qui osent franchir le pas, de renouer avec cette générosité enfouie au fond d’eux : partager, faire confiance à un total inconnu. C’est un peu comme sauter à l’élastique pour certains.

Il y a une forme de lâcher prise à la « Boucle d’or » de celui qui accueille chez lui. Quelqu’un va dormir dans mon lit, quelqu’un va boire dans mon verre, manger dans mon assiette, et cela non seulement ne m’angoisse pas, mais cela me fait plaisir.

Le don, selon le sociologue Marcel Mauss, implique aussi la dette. Le plus difficile n’est pas d’offrir mais de recevoir, il faut être capable de ne pas se sentir en dette. L’échange de maison permet justement, par sa réciprocité d’accepter de recevoir. Il réserve très souvent d’incroyables surprises :

« Quand nous sommes arrivés dans ce petit village reculé d’Hawaï pour Noël, raconte François, parti avec son épouse et ses trois enfants avec Guest to Guest, la propriétaire américaine, Rosy avait décoré toute la maison en bois de lumières ; on se serait cru dans un conte de fées ! Tous les matins, le jardinier venait nous apporter des fruits de la passion fraîchement cueillis ». Rosy leur avait prêté deux voitures et indiqué tous les meilleurs spots pour faire du surf, hors des sentiers battus. « Je me souviens avec émotion avoir nagé avec les tortues, c’était bouleversant ». Un séjour riche en souvenirs : il y eut aussi la fois où dans les immenses vagues, François n’a pas réussi à récupérer sa planche de surf et son fils de seize ans l’a sauvé, lui montrant qu’il devenait le mâle dominant ! Il se rappelle aussi du très joyeux anniversaire de la petite dernière – deux ans, fêté avec un gros gâteau de sable sur la plage, comme il se doit, localement. Et moins drôle, lorsqu’ils ont découvert que les chiens avaient mangé les poules du poulailler ; heureusement, Rosy, la propriétaire était thérapeute et soignait les gens en faisant vibrer des petits bols en cuivre, « nous dormions dans la pièce où ils étaient entreposés ; nous sommes revenus très zen ».

Parfois l’expérience va encore plus loin. Outre le classique échange de maison, les sites Trocmaison et Guest to Guest proposent parmi leurs options, l’hospitalité. C’est-à-dire l’accueil gratuit dans une maison avec ou sans le propriétaire, sans forcément la réciprocité. C’est ainsi qu’Audrey et Fabien, un couple de professeurs de sport qui rêvaient de faire le tour du monde avec leurs trois enfants, de six, huit et neuf ans, [1] ont eu la divine surprise de recevoir l’invitation de personnes sans savoir quand ou si même ils viendraient un jour chez eux : « Nous avons donc vécu 15 jours chez Andy, dans un appartement incroyable en haut d’un immeuble, nous laissant une vue sur Bangkok magnifique. Mais l’échange d’hospitalité c’est bien plus qu’un joli appart, c’est des soirées animées autour de la cuisine française, mais surtout les liens que nous avons créés avec Andy, nos longues conversations sur la terrasse, les conseils qu’il nous a donnés pour découvrir Bangkok, le vrai »

Partager l’hospitalité, c’est aussi, la confrontation des cultures, pour le meilleur et pour le pire. Ainsi lorsqu’à Bagan, en Birmanie, leur bus s’arrête après un accident de la route, Audrey raconte sa stupeur de voir les victimes décédées rester à la vue de tous sur la route, puis, de pire en pire, être transportés à l’arrière d’un fourgon comme du bétail, un spectacle insupportable pour des occidentaux. « Ici, écrit la jeune femme, la mort n’est pas accueillie de la même façon et leurs coutumes sont différentes. J’ai appris la aussi, qu’il ne fallait pas juger leur façon de faire, mais plutôt essayer de la comprendre sans m’offusquer. Le corps et le visage de ces deux hommes sont toujours dans mes souvenirs… »

A l’inverse, en Thaïlande quand Fabien et Audrey arrivent au moment des funérailles du roi, ils découvrent des habitants sincèrement dévastés par la mort du roi, qui leur proposent de partager leur deuil et leurs victuailles avec eux. Ils hésitent à se fondre dans la foule, se sentent comme des imposteurs. Mais, encouragée, par un peuple fier de leur présence, la petite famille arborera le petit ruban noir et vivra ce moment de convivialité inattendu.

Heureusement que leur fils, Hugo se concentre sur les choses vraiment sérieuses de cette pérégrination en Asie : une échelle de Richter des plats épicés dans toute l’Asie. La palme revient à la Thaïlande où l’on trouve aussi des spaghetti Bolognaises, et la plus mauvaise note à la Chine, qu’on se le dise ! Et Joyeux noël à tous !

 

[1] http://www.familyglobeexchange.com/blog

 

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